Les ciseaux ont des elles | usine occupée

Préambule :Ces notes tentent de regrouper quelques-uns des chemins mentaux qui ont balisé notre réflexion. Il s’agit de quelques bribes cueillies sur le sentier. Certaines ont mûries, d’autres pas.
Toutes les pièces ne sont pas commentées.

 

vestiaire (détail) ⎟ trophées de chasse – duvet

NOTES SUR L’USINE

50 ouvrières
liquidation judiciaire
reprise
plus que 3 ouvrières
de bas en haut
et pour deux mains
apprendre à dire hier

Aussi étroitement, qu’étonnamment, l’usine s’est liée à nous. Réciproquement, nous nous sommes dilués en elle.
Autrefois, PME prospère ou presque, sereine, rarement puisque sous-traitante, compromise à la gravité d’une pyramide hors d’atteinte et dont elle constitue la base, l’usine est de son temps. Ici, pour la qualité de leurs petites mains, on a embauché des femmes. Quelques hommes aussi. Pour graisser les machines. Ici, on a fait de la ferraille puis du câblage électrique. Aujourd’hui encore et pour combien d’heures, on continue. A la fin, tentant, sur le pont de l’époque, de tenir la ligne d’écriture de cette histoire banale de la violence économique ordinaire, on aura continué autant qu’on pouvait, .
Sur les trois bâtiments qui occupent le site, un seul est resté en fonction. Entendons par là, dans sa fonction industrielle. Il abrite la production subsistante. Naturellement, nous avons sollicité le prêt d’un des deux autres locaux. Pour des raisons diverses, tout le monde semble se trouver satisfait de cet accord. Cette promiscuité entre les prétentions artistiques et industrielles porte dans sa gageure un exotisme enthousiasmant, incongru et, ici encore, réciproque.
La dés-industrialisation est prépondérante dans l’élaboration de notre histoire contemporaine. Envisageant l’individu comme un symptôme de sa communauté ou ensemble, nous aurions peut-être du nous concentrer sur l’histoire intrinsèque de l’usine. Ce faisant, nous aurions prolongé et validé les méthodes de conscience analytique d’une société qui s’en trouve exponentiellement dépourvue. Nous aurions élevé le fatalisme au rang d’exemple en alphabétisant malgré nous l’inaliénabilité supposée d’une marche économique forcée affirmant qu’ici comme ailleurs une usine en vaut bien une autre.
Le paradoxe de la règle demeurant la charge de l’exception, il n’en est rien. Je ne peux éviter l’écueil du poncif suivant, ici comme ailleurs, une usine c’est avant tout des hommes. Ici, c’était et ce sont surtout des femmes. Des mères et des filles creusant, dans la ride de leurs mains devenues douloureuses, le sillon de l’émancipation et de la famille… et ce siècle dernier n’en finissant pas de se terminer.
Ces vies mineures dont il faut savoir piocher le caillou sont au patrimoine de notre nuit idéologique. Nous aussi sommes enfants du grisou.
Relevant la forme d’une stratégie de filiation, nous admettons construire sur le réel de la métaphore. L’inverse, la réalité d’une métaphore globale qui nous réunirait tous s’efface sous de sombres voiles. Cette nuit noire, promise bleue marine, expression persistante de la perturbation de nos biotopes, décrit les tables d’une biologie moderne qui, au perpendiculaire, préfère le parallèle. Explorant les paradoxes architecturaux de cette prescience exagérée nous gardons en tête cette maxime que nous estimons ouvrière : il faut un coin pour tisser sa toile.
Sans transversalité point d’angles. Sans angles point de vue.
ben back

kilos de plume îlots de plomb

balance

ilots de plomb

dessin au noir

toile grimace

EGO TRIPTYQUE

coquilles d’oeuf – serpents en bocaux – guirlande électrique – table demi-lune – miroir en triptyque

« Si la notion de narcissisme social a un sens, cela comporte que la question du père se trouve posée d’emblée, à cette même échelle de la culture et de la société. Posée, mais comment, sur quel mode ? Je dirais : sur le mode de l’image et de la symbolisation de l’image. Un exemple va le faire comprendre : les « tags », ces inscriptions murales désordonnées, qui sont à la fois essais et déchets esthétiques dans les sociétés occidentales d’aujourd’hui. Que font les jeunes taggers ? Ils inscrivent une énigme, l’énigme de leur demande, de cette demande de séparation qui constitue la créance généalogique de tout sujet ; mais ils l’inscrivent comme demande non fondée, désespérée donc et condamnée par avance. Les laissés-pour-compte de la symbolisation symbolisent ainsi leur position, qu’il faut bien appeler légale, de déchet, en l’inscrivant partout, sur les murs et les objets en représentation de cette légalité de la demande dont ils sont bannis. À la manière des condamnés de la Colonie pénitentiaire décrite par Kafka, sur la peau desquels était tatouée leur sentence de condamnation, les taggers recouvrent les murs, cette peau de la ville, d’un tatouage : la société ultramoderne porte le tatouage de la condamnation du Père »

 

Pierre Legendre – Leçons VI

 

LA DORMEUSE – ESCARMOUCHE #01

dormeuse - escarmouche #01

peinture txantal d’après photo

Les escarmouches désignent habituellement des combats ponctuels et inopinés.
Poursuivant cette logique de l’accrochage, la série des escarmouches crée une peinture à partir d’une photo. Il n’est, ici, pas question de modèle.
La photo source est associé à une émotion ou un souvenir invasifs. Dans notre spectre, ces invasions constituent les déclarations d’une représentation attestant son statut d’image. Dans une tentative de ré-appropriation et par la production d’une image de l’image, l’escarmouche cherche à fouiller – au sens archéologique du terme et avec le pinceau du peintre – le spasme émotionnel originel.

ELIXIR

- pas de photos
[expand title= »juste des notes »] « Vaut-il la peine de s’évertuer durant vingt ans pour arriver au doute, qui pousse de lui-même dans toutes les têtes bien faites ? »

Marguerite Yourcenar – L’œuvre au Noir

« La Pierre philosophale est une hypothétique substance alchimique. Pour Louis Figuier :« Les alchimistes attribuaient à la pierre philosophale trois propriétés essentielles : changer les métaux vils en argent ou en or ; guérir les maladies et prolonger la vie humaine au-delà de ses bornes naturelles »
[…]

 

L’objectif principal de l’alchimie médiévale arabe était d’obtenir une substance liquide appelé « Élixir » (al-iksîr), qui permet la transmutation des métaux en or ; mais cette substance est parfois appelée « la Pierre » (al-hajar). On trouve par exemple le Kitab al-Fuṣūl al-ithnay ‘ashar fī ‘ilm al-hajar al-mukarram (Le livre des douze chapitres d’Ostanès le sage sur la science de la Pierre Illustre) attribué à Ostanès »

 

source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_philosophale

 

[/expand]

LEGO

du je de soi

Lego - banc de musculation, santon, Lego, débris de verre, bout de miroir.


banc de musculation, santon, Lego, débris de verre, bout de miroir

 

L’AIMANT N’A PAS DE CŒUR

réveillé-moi

L’insomnie est ma patrie. Mon drapeau est une aurore.
Au bout de certaines nuits, j’ai pris l’habitude, quand le sommeil l’emporte, de griffonner un laconique Réveille Moi. Un mot ou un dessin sans importance, un alphabet morse amoureux qui dit éveille moi, veille moi. une galanterie du quotidien laissée sur la table de la cuisine ou devant la cafetière. Des traits égoïstes. Des messages codés à mon endroit, un appel perpétuel sur les ondes de ma radio mentale, la voix lointaine du général appelant à une résistance autocentrée.

 

« […]
la nuit je mens
[…] »

Alain Bashung

« C’est toujours bon d’avoir de la poudre rouge dans sa manche.
Il peut arriver que quand il dessaoule ou quand il se réveille, un samouraï n’ait pas le teint très vif. C’est à ce moment là qu’il faut sortir et se farder avec un peu de poudre rouge. »

Hagakure cité par Jim Jarmush dans Ghost Dog

 

ABÉCÉDAIRE DE L’INSECTE

abécédaire de l'insecte

txantal a toujours collecté, collectionné, sans que je ne puisse bien comprendre pourquoi. Des cheveux, des os, des insectes. Étrangeté attachante et mystérieuse.
Elle est ma maîtresse, je suis son chat. Il est dans ma nature de lui rapporter ce que nous tenons pour présents et, à tout y prendre, une abeille ramassée au bas d’une fenêtre peut bien valoir un bouquet de roses pris chez le fleuriste. D’en bas, lui aussi.
Passés ces quelques nécessaires détails, il n’en reste pas moins plusieurs boites d’araignées, de mouches ou de coléoptères. Devant le nombre et la difficulté de le considérer avec innocence, nous constatons qu’il y a un sens à la constitution de ce répertoire.
La dématérialisation de l’être dans sa reconstitution en citoyen, en habitant du monde, coordonne la génétique occidentale en portant une pression constante sur l’individu et son intégrité. L’expression d’un alphabet qu’il estime propre lui permet alors, par la fédération d’un sous-groupe, de se définir au groupe. La marque, dont la vocation est de signer, en est un des moyens. Les chorégraphies stylistiques de l’adolescence en sont, au même titre que les chromes d’un 4×4 ou l’épilogue d’un sac à main, des exemples prometteurs dans leur paroxysme.
Malgré nos efforts, nous n’échappons pas à ce qui, il faut bien le dire, constitue l’actualité de notre culture et s’apparente finalement à un chantage porté sur l’existence. Se représenter, c’est exister – sous-entendu ne pas le faire, c’est mourir.
Ce germe est aux champs de l’inconscient le mensonge végétal d’un espoir affamé. Établissant l’absolue et incontournable réalité d’une iconographie de l’individu, il repousse ce dernier aux frontières de l’image qui l’occupe, c’est à dire au cadre. Ce qui se prétendait ordonné à destination d’autrui retourne à son émetteur dans un mouvement d’aller retour qui m’autorise à penser que le choix de la marque conditionne la projection de l’individu. D’ailleurs, l’utilisation du fétiche dans certaines cultures ou la façon poétique de nommer des Indiens des Plaines prouvent que le modernisme dont nous nous affligeons ignore un savoir séculaire.
Ces dépouilles d’insecte sont nos voyelles et nos consonnes.
Un alphabet définitif.
Qui nous définit.
Qui nous représente, pour parler dans l’époque puisqu’elle se dit si bien.
De la certitude de l’éphémère à la possible conscience d’une petitesse, la persistance rétinienne de notre image dans le miroir loge dans cette nature épinglée.
La mise au point de l’imprimerie typographique a, dans son temps, rendu possible la diffusion rapide de la Réforme. En organisant les casiers de typographe avec la sensation d’une architecture intérieure, nous invoquons cette accélération dans la diffusion des idées comme le seuil d’un nouvel ailleurs.

VESTIAIRE

machine

RESTES D’USINE

clous

J’OUVRIèRES

plumes

poisson lune hameçonpunaises poisson lune

MA MéMOIRE EST UN CIMETIèRE

allumettes

JE L’ABANDONNE AU VESTIAIRE

gitane allumette

ET USINE LES RESTES

grattoir allumette

3 petits singes

cire d'abeille

main cire jaune

sara la rouge

détail vestiaire

STILL SNAKE : MANDALA

[tubepress video= »3V7RFQ58p54″ title= »false » length= »false » views= »false »]

« Mandala est un terme sankrit signifiant cercle, et par extension, sphère, environnement, communauté. Puisqu’il désigne avant tout l’entourage sacré d’une déité, il est encore préférable d’appeler yantra les représentations plus stylisées. Le diagramme symbolique du mandala peut alors servir de support de méditation. Certains mandalas, très élaborés et codifiés, en deviennent semi-figuratifs, semi-abstraits. »

source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Mandala

 

« Chez les Hindous, le serpent Kundalinî est le canal d’énergie central qui relie ensemble les 7 chakras dans une double ellipse qui n’est pas sans évoquer à nouveau la chaîne de l’ADN. »

source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Serpentes

 

« […]
Grass is very high
Keep on crawlin’ till the day I die
Crawlin’ King Snake
And I rule my den
You better give me what I want
Gonna crawl no more
[…] »

John Lee Hooker

 

JOUER MA MUSE

jouer ma muse office

jouer ma muse

jouer ma muse poing
Quand nous étions enfants, que nous maugréions de nous ennuyer, ma grand-mère nous disait :
« – coupe ta tête et fais la rouler. »

 

LES CISEAUX ONT DES ELLES

Les ciseaux ont des elles

lavandière (transe lucides), cerceau, voilage, plumes d’oies, débris de papier.

Il y a dans Les ciseaux ont des elles autant de tergiversations que de ciseaux. De toutes celles que j’ai entendu, j’ai retenu celle-ci qui me paraît être dans le sujet :
« – ces ciseaux, moi ça me fait penser à des oiseaux non ? dit un premier. Le second, comptable comptabilisant dans le coin, de lui répondre :
pour ça, je suis bien trop terre à terre. »

 

2 thoughts on “Les ciseaux ont des elles | usine occupée

Laisser un commentaire