{"id":681,"date":"2006-09-11T14:06:06","date_gmt":"2006-09-11T13:06:06","guid":{"rendered":"http:\/\/www.zabbalin.com\/old\/?p=681"},"modified":"2016-04-07T15:55:24","modified_gmt":"2016-04-07T14:55:24","slug":"2h26","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.zabbalin.com\/le-cirque-des-mots\/blog\/2006\/09\/11\/2h26\/","title":{"rendered":"2h26 (-\/%\/-) Paris va bien, merci."},"content":{"rendered":"<p><img decoding=\"async\" alt=\"art nouveau\" src=\"http:\/\/www.zabbalin.com\/old\/wp-content\/uploads\/sites\/6\/2006\/09\/art_nouveau_2.jpg\" \/><br \/>\n(-\/%\/-). 2h26. La nuit glisse, alphabet de signes. J\u2019enfile des perles sur des vers sans \u00e9clat, des lombrics pauvres \u00e0 la rime, coup\u00e9s en deux par les ciseaux espi\u00e8gles de la m\u00e9diocrit\u00e9. Insipides mots au bout de mes doigts, alphabets inutiles aux futiles arabesques, d\u00e9cor moqueur d\u2019un tableau orientaliste ou les secondes sont des fauves d\u00e9figur\u00e9s. J\u2019attends. Que vaut la langue si j\u2019omets l\u2019abus, que vaut l\u2019abus si j\u2019y mets la langue ? 240 allumettes dans la bo\u00eete, 240 t\u00eates de soufre rances, branches martyres si molles. Silence \u00e0 incendie. Solo de mitraille sur \u00e9lectrique blues, les synapses au plafond et le synopsis au fond, se glisser sous l\u2019eau, ne plus respirer, compter les fauves. Mon samoura\u00ef ch\u00e9ri, Hara-Kiri est un oiseau de nuit. Au sabre de tes palabres, nul autre espoir qu\u2019un reflet d\u2019acier. Dehors, des hordes de petits poucets \u00e9pousset\u00e9s, compt\u00e9s, grim\u00e9s, soudards couche-tard, exigent de se faire payer en dollar. Le prix de l\u2019esp\u00e8ce. Tr\u00e9buchante. Referme derri\u00e8re moi. Paris a froid. Des murs de toile et de carton, un Diog\u00e8ne dans chaque cabine t\u00e9l\u00e9phonique. SOS en PCV, camion de pompier \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e, effets divers en premi\u00e8re page. Souvenir du jour pass\u00e9, rue de Rivoli, banc. Je m\u2019assois. Litanies de corps, aux nues passent la foule, je compte les morts. Capitalisme oblige, les femmes et les enfants d\u2019abord. Des halog\u00e8nes sur les flots, la lumi\u00e8re vient de la veine, de la Seine. Boat people touristique, bateaux-mouches \u00e0 merde, je suis, sur la rive, l\u2019<i>animot <\/i>de l\u2019autre. Nikon, Sony, Le\u00efca et m\u00eame des canons braqu\u00e9s sur nous. Multiplication des flashs, mise en bo\u00eete, en ab\u00eeme de mon image, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019aveuglement, le plus court chemin pour le Japon. La croisi\u00e8re s\u2019amuse, la ville lumi\u00e8re fait son cin\u00e9ma pour des mirettes dop\u00e9es \u00e0 l\u2019American Express.<br \/>\nDe ces milliers de photographies, il ne restera rien. Transfert de responsabilit\u00e9, passation de pouvoir, de l\u2019oeil au doigt. Impassibles, nus et risibles, les \u00eatres sont num\u00e9ris\u00e9s sans objectif dans l\u2019objectif. Derri\u00e8re la lumi\u00e8re, ces silhouettes sont les avatars sans \u00e2me d\u2019un monde classe \u00e9co ou l\u2019\u00e9mancipation technologique encourage l\u2019appauvrissement du geste. L\u2019agr\u00e9ment comme raison, le mensonge comme moyen. Dans certaines civilisations, prendre un individu en photo est per\u00e7u comme un viol spirituel et mystique, quand, ici, cela n\u2019est que l\u2019expression finale et caract\u00e9ris\u00e9e d\u2019un sch\u00e9ma social ou la r\u00e9ussite permet la pr\u00e9tendue possession de soi, c\u2019est \u00e0 dire, en r\u00e9alit\u00e9, la possession de son temps. Ces clich\u00e9s sont les actes de propri\u00e9t\u00e9 d\u2019un espace temps pavillonnaire et complaisant, la couronne de rois de pacotille qui r\u00eavent de douceurs dans les palais. Et, moi qui ne r\u00eave pas, il me d\u00e9mange de leur tendre mon majeur dress\u00e9 ou de leur montrer mon cul en pensant au grand Jacques. Paris va bien, merci, mais Paris a oubli\u00e9, c\u2019est la nuit que la chienne fait ses petits.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>(-\/%\/-). 2h26. La nuit glisse, alphabet de signes. J\u2019enfile des perles sur des vers sans \u00e9clat, des lombrics pauvres \u00e0 la rime, coup\u00e9s en deux par les ciseaux espi\u00e8gles de la m\u00e9diocrit\u00e9. 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