2h26 (-/%/-) Paris va bien, merci.

art nouveau
(-/%/-). 2h26. La nuit glisse, alphabet de signes. J’enfile des perles sur des vers sans éclat, des lombrics pauvres à la rime, coupés en deux par les ciseaux espiègles de la médiocrité. Insipides mots au bout de mes doigts, alphabets inutiles aux futiles arabesques, décor moqueur d’un tableau orientaliste ou les secondes sont des fauves défigurés. J’attends. Que vaut la langue si j’omets l’abus, que vaut l’abus si j’y mets la langue ? 240 allumettes dans la boîte, 240 têtes de soufre rances, branches martyres si molles. Silence à incendie. Solo de mitraille sur électrique blues, les synapses au plafond et le synopsis au fond, se glisser sous l’eau, ne plus respirer, compter les fauves. Mon samouraï chéri, Hara-Kiri est un oiseau de nuit. Au sabre de tes palabres, nul autre espoir qu’un reflet d’acier. Dehors, des hordes de petits poucets époussetés, comptés, grimés, soudards couche-tard, exigent de se faire payer en dollar. Le prix de l’espèce. Trébuchante. Referme derrière moi. Paris a froid. Des murs de toile et de carton, un Diogène dans chaque cabine téléphonique. SOS en PCV, camion de pompier à l’arrivée, effets divers en première page. Souvenir du jour passé, rue de Rivoli, banc. Je m’assois. Litanies de corps, aux nues passent la foule, je compte les morts. Capitalisme oblige, les femmes et les enfants d’abord. Des halogènes sur les flots, la lumière vient de la veine, de la Seine. Boat people touristique, bateaux-mouches à merde, je suis, sur la rive, l’animot de l’autre. Nikon, Sony, Leïca et même des canons braqués sur nous. Multiplication des flashs, mise en boîte, en abîme de mon image, jusqu’à l’aveuglement, le plus court chemin pour le Japon. La croisière s’amuse, la ville lumière fait son cinéma pour des mirettes dopées à l’American Express.
De ces milliers de photographies, il ne restera rien. Transfert de responsabilité, passation de pouvoir, de l’oeil au doigt. Impassibles, nus et risibles, les êtres sont numérisés sans objectif dans l’objectif. Derrière la lumière, ces silhouettes sont les avatars sans âme d’un monde classe éco ou l’émancipation technologique encourage l’appauvrissement du geste. L’agrément comme raison, le mensonge comme moyen. Dans certaines civilisations, prendre un individu en photo est perçu comme un viol spirituel et mystique, quand, ici, cela n’est que l’expression finale et caractérisée d’un schéma social ou la réussite permet la prétendue possession de soi, c’est à dire, en réalité, la possession de son temps. Ces clichés sont les actes de propriété d’un espace temps pavillonnaire et complaisant, la couronne de rois de pacotille qui rêvent de douceurs dans les palais. Et, moi qui ne rêve pas, il me démange de leur tendre mon majeur dressé ou de leur montrer mon cul en pensant au grand Jacques. Paris va bien, merci, mais Paris a oublié, c’est la nuit que la chienne fait ses petits.

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