fortuna

Pour répondre à ceux qui m’ont demandé ce que j’avais retenu/vu/ramené de Madrid, voilà un petit bout rédigé sur place :

fortuna

Fortuna

a l’aube flamenca
mentir comme a chaque cas
à la trame des flammes
une seule de toutes les femmes
sur toi je tire le drap
jamais tu ne sauras combien je suis au ras
quand au lit ton sanctuaire
je finis par rabattre le suaire
adieu les gondoles
de mon coeur ne restera que la tôle
poussière de limaille
s’envolent les rêves de paille
comme encore je meurs
chantent les oiseaux moqueurs
la nuit au milieu
enfonce le dernier pieu
les adieux se plient
au seuil du gris oublie
reviendra le soleil
ou pas ce sera pareil
pas de paradis
pour l’homme qui dit
l’ironie l’on me prête
j’allume une autre cigarette
fortuna c’est la marque
de la douleur je reste l’énarque

cathédrale sans christ sans vierge
mon ventre ma verge
ça se tend et fait mal
prochain stade terminal
poupées de porcelaine
les stations de métro pleines
de leur visage ne reste que la bouche
appelant aux années louches
princesse des aveugles
ne vois-tu pas que je beugle
que je me noie et m’assassine
sur le carrelage de la piscine
reprenez canons et fanfares
j’ignore de quelle vie vous êtes le fard
il est trop tard pour l’espoir
trop tôt pour le mouroir
je rentre dans la pharmacie
mon corps se tient rassis
malade et tordu devant le comptoir
cachets comprimés pommade du soir
mieux après un verre d’eau
revenue l’aubade au badaud
ballade le fléau
avec les anars avec Léo
crache le nom de ton pays
terre blanche entre insomnies et Pompéi
l’ironie se fonde sur le fret
j’allume une autre girouette
fortuna peut être son nom
de la douleur j’oublie le prénom

mon abdomen d’insecte
plus personne ne l’inspecte
hormis quelquefois à la Toussaint
quand les chrysanthèmes appellent les saints
je suis mort mort mort
crucifié par tous les torts
princesse drapée de maladresse
il serait temps que je te laisse
les étoffes t’enroulent
elles appellent la houle
debout! marchons dans les villes
fiers de la camisole et de l’asile
foulons la terre battue
soulevons la poussière de l’étendue
l’aube reviendra flamenca
je ne ferais plus aucun cas
une seule de toutes les femmes
aura suffi à faire de moi un brahme
continue de jouer
chaque nuit chaque journée
tient ma main arthrosée
une plaie aux doigts nécrosés
à l’intérieur du vide
c’est mon âme que j’évide
petite mort qu’on dépose
comme on emmène une rose
au bout du compte un mauvais film
un fait d’hiver en été on imprime
comme un festin de bromure
du sel d’argent sur une écorchure
cochon animal chagrin
retourne aux porcs triste marin
aux putains et à la guerre
la peste est là qui t’espère
et à la prochaine contagion
soyons y soyons légion
pour battre
les esprits d’albâtre
j’ai mal et tu ne sais pas
le prix que je laisse à trépas
douleurs gros billets et petites monnaies
rien de plus à donner
évangile du corbeau
si noir c’est beau
je crois et croisse
aux parois de la paroisse
mourir de suite j’en prie
cadavre que ce soit fini
le mal et mes blessures
antiques restes de brûlures
un cancer et on arrête
j’allume une autre cigarette
fortuna c’est la marque
de la douleur je suis le monarque

on aura un fils
on l’appellera Matisse
une fille aussi
et je vrillerai assis
ma fortune à moi ma petite famille
papillonne fourmille
sur des napperons des nénuphars
brodés de détroits et de phares
navire navré
je vire au prochain pavé
encore une guerre
lasse elle se préfère
un chien sous le porche
ma bagnole en torche
et le dimanche aux tréteaux
jolie maison bobo blaireau
papa bricole
le riz colle
ça sent bon dans la cuisine
un relan de naphtaline
brelan de coeur sur la table
branleur sur la fable
rien devant rien derrière
des poèmes comme prière
sous la pluie et son crachin
vapeur d’un train prochain
une nouvelle fumée me guette
j’éteins la dernière cigarette
fortuna c’était la marque
de la douleur je me démarque

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